Mercredi 21 octobre 3 21 /10 /Oct 21:03

A quelques jours de son départ définitif du Cameroun, l’ambassadeur d’Algérie fait le bilan de son mandat, et parle, à cœur ouvert , du président Paul Biya, de la classe politique camerounaise, et des médias camerounais. 

Vous avez pris fonction en 2004. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé à votre arrivée au Cameroun ?
Je connaissais déjà de nombreux pays africains, mais la grande spécificité du Cameroun réside dans l’extrême tolérance des Camerounais entre eux et vis-à-vis des étrangers, à tel point que rapidement, on a l’impression d’avoir toujours vécu ici. C’est ma première forte impression au Cameroun. 

Cinq ans plus tard, quel bilan faites-vous de votre mandat?
Il y’avait d’abord la nécessité de conférer une certaine vitalité aux relations bilatérales et de leur donner du contenu. Sur ce plan, l’objectif est atteint, puisque l’effort de l’Algérie notamment en matière de formation, est resté stable, malgré les contraintes nationales et les énormes besoins de formation des bacheliers et étudiants algériens. Les visites bilatérales ont été également nombreuses, que ce soit au niveau ministériel, des parlementaires, des experts et hauts fonctionnaires, des sportifs ou des artistes … L’Ambassade du Cameroun à Alger est maintenant dirigée par un Ambassadeur en titre. Nous projetons également d’organiser dans les toutes prochaines semaines, à Douala, une exposition vente de produits algériens. Cependant, toutes les potentialités ne sont pas épuisées, et la coopération bilatérale est appelée à s’élargir, à s’approfondir et à se hisser au niveau des excellentes relations politiques entre les deux pays. Les opérateurs économiques des deux pays doivent cependant mieux se connaître et se montrer plus entreprenants et plus agressifs. 

Durant votre séjour vous avez contribué à souder les liens entre les diplomates africains et à donner plus de visibilité au groupe dit africain. Quelle était votre motivation?
Il était naturel que les Ambassadeurs africains se sentent à l’aise dans un pays africain et s’y épanouissent professionnellement. Il était également indispensable de créer un cadre organisé de consultation et d’échange d’informations, d’évaluations et d’analyses. Le groupe africain est aujourd’hui structuré et mène des travaux de substance et de qualité sur toutes les questions qui intéressent le continent et les enjeux liés à sa stabilité, à sa sécurité, à son développement et à son insertion dans les relations internationales. Le groupe africain s’implique également dans le bénévolat et les aides sociales et humanitaires. 

Pensez-vous que les rapports de travail avec les autorités camerounaises s’en sont trouvés améliorés?
Absolument. Le groupe africain est aujourd’hui un interlocuteur reconnu du Ministère des relations extérieures sur de nombreuses questions qui intéressent la diplomatie camerounaise ou les questions africaines et internationales. Le Ministère des Relations Extérieures, qui n’a ménagé aucun effort pour nous soutenir, dispose aujourd’hui d’un groupe constitué et homogène qui en fait un interlocuteur unique, ce qui évidemment offre un format qui facilite les échanges, les consultations et les communications. Par ailleurs, le groupe africain est un partenaire habituel du Ministère des Relations Extérieures pour la célébration, chaque année, de la journée de l’Afrique. 

Plus généralement, comment jugez vous l’évolution politique au Cameroun pendant les années passées ici? 
Toute nation vit, se transforme et s’adapte. C’est le cas du Cameroun, un pays plein de vitalité et d’espérances et mû par une ardeur qui s’exprime toujours paisiblement, que ce soit au niveau du citoyen et au niveau de la collectivité. C’est un atout pour le Cameroun qui fait face, à l’instar des autres pays africains, aux défis du développement, de la stabilité, de la bonne gouvernance, de l’approfondissement des pratiques démocratiques, et donc du parachèvement de la construction d’un Etat fort et moderne. L’évolution du Cameroun, telle que je la lis depuis que je suis, s’est faite dans ce contexte et dans cette tendance. 

S’il vous était demandé de porter un jugement sur la classe politique camerounais, que diriez-vous?
J’accepte de vous répondre sur ce point de ma position d’Ambassadeur. Je dois relever d’abord, pour les remercier, tous les responsables camerounais, qui m’ont toujours ouvert leur porte, ont fait preuve à mon égard d’une hospitalité et d’une bienveillance à toute épreuve. J’ai constamment noté une grande capacité d’écoute, une grande maîtrise des dossiers dont ils ont la charge et relevé avec fierté les compétences des cadres camerounais. J’ai retrouvé ces mêmes qualités chez les leaders et les personnes ressources qui n’ont pas de responsabilités au sein de l’Etat. 

Pouvez-vous porter un jugement plus spécifique sur l’opposition ?
Elle participe au débat national et à l’animation de la vie politique. Certains partis sont représentés à l’Assemblée nationale, d’autres sont même associées au Gouvernement. La finalité du multipartisme est certes de refléter au mieux les différentes sensibilités qui trament la société dans le processus de prise de décision national, en accédant au pouvoir, en y participant ou en s’y opposant. Mais au-delà, et c’est très important, elle participe à l’éclosion de personnel politique et de leaders capables d’apporter un plus à la vie politique nationale, en matière de présentation de projets nouveaux et alternatifs, et c’est là, une mission essentielle de l’opposition, ce dont elle s’acquitte à mon avis.

Avez-vous lu le livre de François Mattei, Le code Biya ?
Naturellement …

Qu’en pensez-vous? 
Je suis Ambassadeur. Je ne fais pas de la critique littéraire….

Vous avez eu l’occasion de rencontrer le Président Paul Biya, y compris lors d’une longue audience qu’il vous a accordé en février 2008 durant votre mandat… Peut-on savoir l’impression qu’il vous a laissé ?
Notre culture africaine commune nous enseigne de nous abstenir de commenter, en bien ou en mal, celui qui vous reçoit chez lui, et je suis au Cameroun chez le premier des Camerounais, le Président Paul Biya, d’où la première obligation de réserve imposée par nos traditions. Je suis accrédité également auprès de SEM Paul Biya Président de la République en ma qualité d’Ambassadeur, d’où la deuxième obligation de réserve, imposée par les convenances …

S’il vous arrivait d’écrire vos mémoires, lorsque vous ne serez plus dans la diplomatie, vous diriez quoi du Président Paul Biya?

Vous êtes tenace …Puisque on est dans le futur, je vous réponds … je dirai certainement que c’est un grand homme d’Etat. 

Pendant votre séjour ici, le Cameroun, comme l’Algérie, a procédé à la révision de sa constitution, en vue de lever le verrou de la limitation du mandat à la présidentielle. N’est-ce pas là le signe d’un recul de la démocratie en Afrique?
Votre question est mal posée parce que réductrice. La révision de la constitution, aussi bien en Algérie qu’au Cameroun, n’avait pas porté uniquement ou principalement sur la non limitation des mandats présidentiels, mais a concerné également, d’autres dispositions constitutionnelles structurantes de la vie politique nationale. Nous ne devons pas tomber dans le formatage des opinions auquel s’adonne une certaine presse, qui généralement, malgré nos efforts et nos progrès, s’évertue à refléter de nous-mêmes, et malheureusement souvent à notre intention, une image négative qui déclasse la réalité ou la transfigure. 
Ceci étant dit, la révision de la constitution est d’abord un acte prévu et contrôlé par la constitution elle-même. Elle est ensuite un acte correcteur et adaptateur des exigences de la démocratie et du bon fonctionnement des institutions aux réalités nationales, qui ne sont pas figées. Elle est enfin l’expression de la souveraineté du peuple qui reste libre dans la définition ou la redéfinition de son mode de gouvernance. S’agissant plus particulièrement de la limitation des mandats présidentiels, le débat restera toujours ouvert. Si on peut prêter à cette règle la vertu d’assurer une alternance mécanique, elle reste dans le fond un déni ou une limite au choix des peuples de leurs gouvernants lorsqu’il est exprimé librement. 

Vous êtes proches des media. Quel regard portez vous sur la presse camerounaise ?
La liberté d’expression est un acquis pour la démocratie au Cameroun. C’est une réalité. La liberté d’expression ne peut se concevoir cependant que concomitamment avec l’esprit de responsabilité des journalistes. Il y a un effort à faire dans ce domaine de la part de certains de vos confrères, mais cela viendra avec l’apprentissage de la démocratie. Les errements, qu’on peut relever de temps à autre, sont un mal nécessaire et un passage obligé pour arriver à une presse indépendante, responsable et professionnelle. Mais globalement, je suis un téléspectateur et un lecteur assidu des media camerounais, et j’ai beaucoup d’estime et de respect pour tous les journalistes camerounais. 

Vous vous êtes exprimé souvent dans la presse nationale, mais vous n’avez jamais évoqué la situation interne au Cameroun comme le font certains de vos collègues, malgré la richesse des événements. Pourquoi cette frilosité ? 
Je respecte les méthodes de travail de mes autres collègues Ambassadeurs qui sont tous de vrais professionnels. En ce qui me concerne, je m’interdis par principe, de commenter publiquement la situation interne du Cameroun, non par frilosité comme vous le dites, et encore moins par indifférence. C’est une règle de travail que respectent tous les Ambassadeurs d’Algérie à l’étranger et qu’observent tous les Ambassadeurs étrangers accrédités en Algérie. Lorsque j’ai des remarques, des questions, des évaluations ou un besoin d’éclaircissements ou d’explications sur une question donnée, qui peut relever de la situation interne au Cameroun ou de dossiers diplomatiques, j’en parle directement et ouvertement, sans intermédiaires, en toute franchise et en toute liberté aux autorités auprès desquelles je suis accrédité. 

Comment voyez-vous le Cameroun demain ?
Je le vois un pays confronté aux défis de la paix et de la stabilité et aux défis du développement, mais toujours stable, toujours un pays clé dans la sous région, toujours mû par une jeunesse bouillonnante d’ardeur et d’ambition pour une vie meilleure. 

Des déceptions de votre séjour au Cameroun?
Forcément car je suis un éternel insatisfait, mais le travail d’un Ambassadeur est une construction qui ne se termine jamais. Il revient donc à mon successeur de consolider les acquis bâtis par moi-même et par mes prédécesseurs, de dégager de nouvelles pistes, de réfléchir à de nouvelles méthodes et de proposer de nouveaux axes de travail. 

Vous quittez le Cameroun pour quel pays ?

Je rentre en Algérie.

Pour assumer quelles responsabilités ?
Aucune idée … Je suis un commis de l’Etat et je servirai là où le devoir m’appelle.
MIS EN LIGNE: NGATSI PATRICK NZOZANG
Par Association camerounaise de cyberpresse - Publié dans : POLITIQUE - Communauté : accypresse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Le Cameroun face à un «ennemi


Le ministre camerounais de la Défense Rémy Ze Meka estime que son pays mène un «conflit de type nouveau avec un ennemi invisible» dans la péninsule de Bakassi, une région frontalière du Nigéria où un sous préfet et 5 soldats ont été assassinés en juin, rapporte lundi le journal Cameroon Tribune.

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés