Affaire Callicools et Le secrétaire intime : des enseignants exigent une enquête

Publié le par Association camerounaise de cyberpresse

La coordination nationale des syndicats des enseignants du secondaire, de l'éducation de base et de l'éducation physique et sportive interpelle le ministre des Enseignements secondaires.

 

La coordination nationale des syndicats des enseignants du secondaire et de l’éducation de Base s’est réunie mercredi 10 février 2010 à la Librairie des peuples noirs à Yaoundé. Au cours des discussions, le syndicat a exprimé son opposition à la lettre circulaire du ministre des Enseignements secondaires sur N 01/10/Minsesec/Cab du 04 janvier 2010, relative à la prime des enseignants et s’est indigné de l’affaire Callicools et le Secrétaire intime.
Lire ci-dessous l’intégralité de la correspondance adressée au ministre des Enseignements secondaires, Louis Bapès Bapès.

Coordination nationale des syndicats des enseignants du secondaire, del'éducation de base et de l'éducation physique et sportive

Monsieur le Ministre,

Nous avons lu avec beaucoup d'attention votre communiqué radio /presse no 64 /09 du 17 décembre 2009 où vous annonciez :
- D'une part, le retrait de deux œuvres de la liste officielle des manuels scolaires de l'année 2009/2010 : « Callicools attribué à Guillaume Apollinaire » et Le secrétaire intime de George Sand. Œuvres enseignées respectivement en classes de terminale et de première.
-D'autre part, la remise au programme de Paroles de J. Prévert et Madame Bovary de Flaubert.

Le retrait d'une œuvre en milieu d'année scolaire et l'introduction d'une autre sont acceptables lorsque des raisons objectives justifient cette décision.
Cependant, pour ce qui est des deux cas ci- dessus mentionnés, nous ne pouvons nous empêcher d'émettre certaines observations et interrogations.
L'une des raisons officielles du retrait est « l'émoi provoqué au sein de la communauté
éducative tout entière ». Or, à notre connaissance, l'émoi ne saurait être une raison ; mais
plutôt une conséquence. Qui plus est, un acte gouvernemental de si grande importance ne peut être pris sur la base de l'émoi.

Quant « aux nombreuses réserves formulées, tout à la fois par le personnel enseignant et par le personnel d'encadrement et de suivi pédagogique » et qui justifieraient votre décision, nous nous permettons d'observer que lesdites réserves ne sont pas spécifiées. S'agit-il des réserves de forme ? de qualité ? de contenu ? De plus, quel pourcentage d'enseignants, de personnel d'encadrement et de suivi pédagogique les ont-ils formulées ? Quelle est leur qualité ? Les informations répondant à ces questions nous auraient permis de comprendre votre décision et peut- être de la justifier.

Si aujourd'hui, les œuvres retirées s'avèrent problématiques, comment expliquer que le Conseil National d'Agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques les ait validées pour l'année scolaire en cours, conduisant ainsi à votre officialisation de la liste des manuels scolaires des classes de première et de terminale contenant les œuvres mises en cause ? A notre entendement, ce Conseil devrait regrouper des spécialistes et des compétences établis et reconnus par celui qui nomme les membres dudit Conseil. Si tel est le cas, comment ces compétences ont- elles pu donner quitus au Ministre pour l'introduction de ces œuvres au programme ? Pour pallier cette insuffisance, s'achemine-t- on vers une ère où, pour retenir une œuvre au programme scolaire, en plus de l'avis du Conseil sus- cité, il faille requérir celui de tous ceux qui aujourd'hui motivent votre décision ?
Selon voire communiqué, le même Conseil devra retenir les manuels pour l'année scolaire 2010/2011. N'y a-t-il pas contradiction de la part de la plus haute autorité des Enseignements Secondaires à confier le même travail à une équipe dont il vient de désavouer officiellement la compétence ?

Au regard de ce qui précède, le citoyen ordinaire ne peut s'empêcher de se poser des questions sur la manière dont on prend les décisions dans notre administration éducative : sans tenir compte des implications pédagogiques et socio-économiques.
Au niveau pédagogique, on peut noter, entre autres, que les enseignants vont devoir reformuler les projets pédagogiques ainsi que les fiches de progression, ce en milieu d'année scolaire. Toutes choses qui ne manqueront pas d'affecter et la progression des enseignements et la capacité des apprenants de s'approprier en un temps si court les nouvelles œuvres introduites.
Au niveau socio-économique, les enseignants et les parents dont on sait pour les premiers qu'ils n'ont pas de prime de documentation et que vous êtes prêts à châtier s'ils présentaient des velléités de revendication de ladite prime ; pour les seconds qu'ils ont les poches vides, vont, les uns et les autres, devoir acheter de nouvelles œuvres au programme, quand d'aventure celles-ci seraient disponibles sur le marché.

Dès lors, force est de constater :
-Que de telles attitudes s'apparentent à la criminalité pédagogique susceptible d'être
punie au même titre que celle économique dont se rendent coupables beaucoup de
hauts responsables de notre Administration.
-La faillite d'un système incapable de cohérence et de contrôle interne en ce qui
concerne  les questions d'importance républicaine relatives aux programmes qui
orientent la formation des citoyens.
En conséquence, Monsieur le Ministre, les syndicats exigent :
-Qu'une enquête soit menée afin que les responsabilités soient établies, et que les différents responsables de cet imbroglio soient connus de tous et sanctionnés.
-Que les candidats au probatoire et au baccalauréat 2010 ne soient interrogés ni sur les
œuvres retirées, ni sur les œuvres introduites qu'ils n'auraient vraisemblablement pas
étudiées pour les raisons évoquées plus haut, afin de mettre ces examens à l'abri de
toute controverse.
-Qu'à l'avenir le Conseil National d'Agrément des manuels scolaires et des matériels
didactiques prenne son travail avec plus de sérieux, qu'il cesse de voir ledit travail
sous le seul aspect financier et qu'il comprenne qu'il a la lourde mission de retenir les
manuels scolaires qui vont de près ou de loin déterminer le citoyen de demain.

Très haute consideraion.

Marilong MIDOUKA

 

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